Le boudoir littéraire

Des chroniques littéraires, des partenariats avec les éditeurs.

10 novembre 2011

Le joueur d'échecs - Stefan Zweig

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Quatrième de couverture :

Qui est cet inconnu capable d'en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu'antipathique ? Peut-on croire, comme il l'affirme, qu'il n'a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.
Le narrateur y parviendra. Les circonstances dans lesquelles l'inconnu a acquis cette science sont terribles. Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l'isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit le personnage avec une ironie douloureuse, " pourrait servir d'illustration à la charmante époque où nous vivons ".

Mon avis :

Cette nouvelle publiée après la mort de son auteur, Stefan Zweig, est un pamphlet contre le nazisme et ses tortures psychologiques. Ecrite entre novembre 1941 et 1942, elle fut éditée en 1943 à Stockholm, soit un an après le suicide de l'auteur (février 1942).
Ce texte est très célèbre du fait que Stefan Zweig livre son désarroi face au nazisme. Il montre derrière l'histoire de Monsieur B., l'inconnu joueur d'échecs, à quel point le nazisme l'a détruit en tant qu'homme mais aussi en tant qu'écrivain.

Monsieur B. représente un homme d'envergure qui subit des pressions de la part de la Gestapo. Comme il le dit, les nazis n'ont pas créés que des camps de concentration où la déchéance était physique, annihilant l'être humain. Pour les hommes dont il fallait soustraire des informations, les nazis avaient prévu des prisons dorées. Monsieur B. se retrouve ainsi enfermé dans une chambre d'hôtel dont la description nous fait penser à une cellule de prison. Dans cette cellule, il n'y aucun moyen de distraction. Ni télévision, ni livre. Personne ne doit lui adresser la parole. La torture psychologique devient absolue. L'évènement majeur va être la découverte et le vol d'un petit livre, un manuel d'échecs, par lequel Monsieur B. va penser échapper à ces tortures. Au début cela se passe ainsi. L'auteur nous montre à quel point un livre, un instrument de savoir, d'évasion, de réflexion, peut être salvateur. Le problème est que ce petit objet et le savoir qu'il contient ; la pratique et la technique des échecs ; va tourner à l'obsession et à la folie. Je l'ai perçu de la façon suivante : Monsieur B. n'ayant plus que cela sur quoi se reposer, il va se laisser emporter et absorber par cette nouvelle passion. Qui le conduira à une torture mentale similaire à celle produite par la Gestapo.

Ainsi, un être humain a besoin de liberté pour s'accomplir. Si une bride trop forte et injuste le retient, il aura beau trouver des occupations, cela n'arrangera rien à sa condition. Le travail d'écrivain de Stefan Zweig s'est trouvé annihilé par le nazisme.
Un livre que j'aurais aimé étudier en classe tant sa portée semble universelle.

Posté par marylinm à 11:49 - Contemporain français - Permalien [#]
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