31 janvier 2012
La maison de la nuit, t.1 : Marquée - P.C. et Kristin Cast

Quatrième de couverture :
Entrez dans la Maison de la Nuit à vos risques et périls.
Dans un monde qui pourrait être le nôtre vit Zoey Redbird, une adolescente presque comme les autres...
Un soir après les cours, un jeune homme inquiétant s'approche d'elle. Soudain, il la désigne du doigt et lui dit : "Zoey, ta mort sera ta renaissance, ton destin t'attend à la Maison de la Nuit". a ces mots, une marque mystérieuse apparaît sur son front. Zoey est terrifiée mais - elle le sait - elle doit intégrer le pensionnat où sont formés les futurs vampires, pour y réussir sa Transformation ou... mourir.
Mon avis :
Une couverture magnifique, un résumé qui laisse présager une aventure à la Harry Potter au féminin, une mythologie vampirique intéressante : tout semble être réuni pour passer un bon moment lecture.
Nous suivons Zoey Redbird, une jeune fille d'une quinzaine d'années. Elle vit dans un monde semblable au nôtre sur beaucoup d'aspects. Néanmoins, une chose majeure est différente : les vampires cohabitent avec les humains et sont présents notamment dans les hautes sphères de la célébrité. Ils sont chanteurs à succès, acteur, mannequin... ils sont beaux et talentueux. Mais attention, ne devient pas vampire qui veut. Pour cela, il faut avoir été "marqué". Prenons l'exemple de Zoey : un beau jour, en plein milieu du couloir du lycée, un homme la désigne du doigt et un croissant de lune apparaît sur son front. Dès lors, elle doit se rendre au plus vite à la Maison de la Nuit, un pensionnat où sont formés les futurs vampires.
Cela n'est pas sans rappeler un certain petit sorcier nommé Harry Potter. La marque sur le front, le personnage marginal rejeté par sa famille, l'école surnaturelle, l'enfant exceptionnel. Tous ces ingrédients sont repris ici, avec un fond différent évidemment.
L'histoire commence laborieusement, principalement à cause d'un style et un langage parfois "gnan-gnan" (première page : "Kayla, lancée dans un de ses interminables bavardages, que j'appelle kayblabla"). Je garde bien sûr à l'esprit qu'il s'agit d'un récit jeunesse, mais je pense que certaines tournures de phrases pourraient être plus adaptées au public adolescent visé. Cela vient peut-être de la traduction.
Quoiqu'il en soit, j'ai accroché à l'histoire dès l'entrée de Zoey dans la la Maison de la Nuit. Dès lors, je me suis attachée à ce petit brin de femme qui, malgré sa peur, est heureuse de quitter une famille où son beau-père a changé sa mère au point que la jeune fille ne la reconnaît plus. Epiée sans vergogne par ses nouveaux camarades, elle va trouver du réconfort auprès de Lucie et sa petite bande de copains. Très vite, ce soutien va se révéler indispensable face à l'affreuse Aphrodite.
Le personnage de Zoey est vraiment plaisant. Elle est belle sans être un canon de beauté ; elle est forte sans être dénuée d'angoisses et de craintes. Dotée de pouvoirs apparemment extraordinaires, elle se sent perdue mais s'adapte tout de même très vite (trop vite ?). Ses réactions face au bel Erik sont tout à fait adaptées à une adolescente de son âge : ni trop enfantines, ni trop adultes. Un personnage qu'il me tarde de retrouver dans le second tome.
Une histoire qui en ravira plus d'un j'en suis sûre. Elle m'a suffisamment intéressée pour passer outre un style parfois trop enfantin. Si vous avez l'occasion de vous procurer ce livre, si vous avez aimé Harry Potter et si vous aimez les vampires, allez-y !
30 janvier 2012
Non Stop - Frédéric Mars

Quatrième de couverture :
9 septembre 2012, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz Mc Geary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S'ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient. Quels que soient leur âge et leur couleur de peau. La cavale sans fin de ceux qu'on appelle les Death Walkers, les marcheurs de la mort, ne fait que commencer.
Mon avis :
Etats-Unis, New-York, terrorisme. Vous pensez au 11 septembre 2001 ? Vous avez raison ! Sauf qu'ici Frédéric Mars nous propulse dans le futur, le 9 septembre 2012, et qu'il choisit de développer la thèse d'un terrorisme inédit. Entre thriller et docu-fiction sur la géopolitique, les 666 pages de ce roman vont défiler sans que vous ne vous en aperceviez.
Septembre 2012. A New-York, on s'apprête à commémorer les attentats survenus 11 ans auparavant, avec en bonus l'inauguration de la Tour de la Liberté en lieu et place des tours jumelles du World Trade Center.
Sam Pollack, capitaine de police au NYPD, en se rendant à son boulot, se retrouve par hasard sur le lieu d'une explosion. Après quelques minutes, on apprend qu'il ne s'agit pas d'un colis piégé déposé mais bien d'une bombe humaine Problème : il ne s'agit pas d'un acte isolé. Commence dès lors une course contre la montre pour découvrir ce qui se trame, qui sont les commanditaires et qui sont ces kamikazes d'un genre nouveau.
De la première à la dernière page, un rythme soutenu et ininterrompu nous tient en haleine et nous fait tourner les pages frénétiquement. Aucune longueur, aucun temps mort et surtout une vraisemblance qui fait froid dans le dos. Et cela tient dans la nouvelle forme de terrorisme qu'imagine Frédéric Mars. Les bombes humaines se révèlent être des citoyens américains lambda, sans rapport les uns avec les autres, mis à part un léger détail : ils ont tous une défaillance cardiaque et sont porteurs d'un pacemaker piégé. Pour empêcher au plus vite des innocents de mourrir, les hautes instances américaines doivent se porter main forte. Ainsi, le lecteur se trouve en présence de la CIA, du NYPD, du FBI, du Homeland Security et tout un arsenal d'institutions de sécurité dont les sigles sont détaillés en fin d'ouvrage. Vous le devinez, ce livre, tout en nous divertissant, nous donne des éléments pour comprendre comment la situation géopolitique mondiale pourrait encore déclencher des attentats terroristes : Printemps arabe de 2011, présence américaine dans certains pays du Moyen-Orient, situation politique avec l'Iran, question israélienne, etc. Dès la seconde moitié du livre, j'ai rapidement ressenti l'important travail de recherche et de documentation qu'a réalisé Frédéric Mars pour l'écriture de ce livre.
Concernant les personnages, l'auteur se centre sur Sam Pollack, ce père de famille veuf et célibataire, beau gosse grisonnant à la Georges Clooney. Bon flic mais peu enclin à l'évolution professionnelle, il ne ressemble pas vraiment à l'anti-héros border-line que l'on rencontre souvent dans les thrillers. Néanmoins, à un moment donné du livre, sa vie privée va entrer de plein fouet dans le récit et va le rendre d'une humanité telle que l'on se rapproche sensiblement de lui. Un personnage sympathique et fort, digne d'un bon film américain.
Mis à part Sam, un nombre phénoménal de personnages égrennent le livre. Si bien qu'au début, il faut s'accrocher pour ne pas s'y perdre. On rencontre des hommes et femmes politiques mais aussi des inconnus, ces fameux "marcheurs de la mort", qui vont peu à peu devenir le rebus de la société : la population va les traîter en paria, en animaux, leur jetant des pierres et les insultant. C'est effrayant mais encore une fois tellement vraisemblable.
Si l'on se concentre sur les personnages et sur le thème principal, aucun doute, ce livre ferait une très bonne adaptation cinématographique !
Un thriller parfaitement orchestré, dont les amateurs de "24h chrono" retrouveront une trame similaire (de mon côté, je n'ai jamais vu cette série donc aucun problème). Un style résolument adulte, qui me fait me poser la question, comme beaucoup d'autres lecteurs, du choix de la maison d'édition et notamment de la collection Black Moon, clairement ciblée jeunesse. Alors certes, il ne s'agit pas d'un thriller sanglant et aucune scène ne choquera un public adolescent. Néanmoins, comme je l'ai remarqué, les libraires le classent souvent en jeunesse et ainsi le public adulte passe tout à fait à côté d'un thriller qui, pourtant, en intéresserait plus d'un. Un choix plus qu'étonnant, incompréhensible.
En conclusion, je me suis régalée avec ce roman et je pense que ce sera le cas pour beaucoup de lecteurs. Et n'oubliez pas : si vous ne le trouvez pas au rayon polar de votre librairie, allez faire un tour sur les étals jeunesse !
Cadre de lecture : Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune organisée sur le forum Livraddict. Voici le lien des chroniques des lecteurs qui y ont également pris part :
Karline
Galleane
Demolyna
Lisalor
Thib
Céline031
Pierre de Jade
Cerisia
Tousleslivres
Bookenfolie
Leslecturesdelilou
Styx2005
Iani
Ptitelfe
Soevangeline
Conseil-livres-manga
Frankie
AurelieBulle
Zina
Mimigogotte
Mycoton
29 janvier 2012
Macadam Gonzo - Jeff Balek

Quatrième de couverture :
La rue… La lente descente vers une inéluctable déshumanisation… C’est un peu un journal, le journal d’un SDF. L’histoire d’un homme ordinaire, qui perd son travail, son appartement, puis sa place même dans la société. Une ombre, presque, qui erre de rue en rue. Et tous les petits épisodes d’un quotidien qu’on n’imagine même pas.Tout cela conté avec une précision des mots, des images, une poésie qui surgit où on ne l’attend pas. Cette errance, cette violence dans la marginalité, on la prend en pleine face, on n’en sort pas indemne. Mais, au fil des pages, l’espoir est là, comme un petit cœur qui bat dans la grisaille.
Mon avis :
Le monde de la rue raconté par un homme qui l'a vécu. Voilà ce que nous propose Jeff Balek avec son roman numérique "Macadam Gonzo", dont le narrateur est un homme qui a tout perdu et se retrouve Sans Domicile Fixe. Jeff Balek nous raconte-il sa propre histoire ou est-ce de la fiction ? Quoiqu'il en soit, si fiction il y a, elle n'en est pas moins réelle pour beaucoup d'individus. Ceux que nous croisons en bas de chez nous, aux portes des magasins, et qui nous mettent mal à l'aise.
Ce roman est une histoire tragique, racontée avec un détachement certain mais sans cacher la détresse et la honte qui envahissent cet homme ; ce monsieur X qui nous parle au "je" et dont on ne connaîtra pas l'identité. Un message fort de l'auteur, qui nous montre ainsi la déshumanisation forcée des SDF.
Cela commence de façon trop banale : une situation familiale que l'on imagine délicate (mais dont l'auteur ne parle absolument pas) et une auto-entreprise qui fait faillite. De lettres recommandées en visites d'huissiers, la mise à la porte arrive comme un soulagement ; un sentiment de liberté. En effet, un jour il ne reste que lui, notre narrateur anonyme, et sa voiture ; une 205 qui va devenir son toit.
L'impression que m'a donné ce livre est que la descente aux enfers ne se traduit pas uniquement par le fait de dormir dehors, de ne pas se laver ou manger régulièrement. Non, cela vient surtout du fait que l'on devient une bête de foire ; comme cette ancienne connaissance qui invite notre narrateur à une soirée digne du dîner de cons ou de cet homme qui se donne bonne conscience en lui donnant sa carte de visite et qui le rejette par la suite. Et puis, c'est aussi la sensation de demander aux amis plus qu'ils ne peuvent en donner, de leur raconter plus qu'ils ne veulent en savoir. Des amis qui deviennent bientôt des ex-amis, que l'on n'ose plus aller voir.
Un malaise m'a étreint lors de cette lecture. La honte de la déchéance, la capacité de s'en sortir qui ne tient plus qu'à la volonté des autres. Ces autres qui sont devenus des étrangers.
Cette histoire est percutante, frappante de vérité et bouleversante. Le style d'écriture à la manière d'un journal intime sert évidemment à nous rendre proche du personnage. Un autre système de narration n'aurait pas été pertinent. Je noterais tout de même quelques fautes de relecture trop évidentes.
De plus, la fin arrive trop vite : il manque une transition entre l'état de SDF et le sort final qui est expliqué en deux pages. Je me suis sentie frustrée.
En conclusion, un fait de société rarement traité en littérature, qui a le mérite de ne pas être plein de bons sentiments. Ce roman m'a beaucoup touché par sa simplicité.
Envie d'en savoir plus sur l'auteur ? Rendez-vous sur son site Internet : http://jeffbalek.com/.
Remerciements : Un grand merci à Delphine, du blog Mes petites idées et aux éditions Numeriklivres, que je ne manquerais pas de suivre. Je vous encourage vivement à aller visiter leur catalogue : des titres qui m'ont l'air très sympa.



27 janvier 2012
Zombie business - Jesse Petersen

Quatrième de couverture :
Tout ne va pas si mal pour Sarah et David.
Leur mariage se porte mieux que jamais, ils ont même monté leur petite entreprise d’extermination. Le marché est florissant : plein de zombies et donc plein de clients désireux de s’en débarrasser ! Sauf que… le cours du zombie s’affole quand certains s’avèrent plus difficiles à zigouiller. Une mutation ? Ce serait le début de la crise pour Sarah et David.
Les zombies, ça oblige à se creuser la tête !
Mon avis :
Une épidémie de zombies sévit au nord des Etats-Unis depuis quelques mois déjà. Dans Zombie Thérapie, premier tome de la saga, on suivait Sarah et David au tout début du virus qui a zombifié un nombre important d'individus. Leur couple battait de l'aile et cet évènement venu casser leur routine les a rapproché.
Avec Zombie Business, on les retrouve plus amoureux que jamais et à la tête d'une petite entreprise : Zombiebusters Extermination Inc. Une petite chose a néanmoins changé depuis le début de leur aventure : certains zombies semblent avoir subit une mutation. Plus grands, plus vifs et surtout plus intelligents, ils vont donner du fil à retordre à nos deux protagonistes.
Après un début assez similaire au premier tome, j'ai eu un peu peur que ce second tome ne soit qu'une redite. Après 70 pages environ, des éléments nouveaux arrivent pour diversifier le récit. Tout d'abord, on apprend que Sarah et David deviennent amis avec un autre couple qui, au vu de la fin, risquent d'avoir de l'importance dans le troisième et dernier tome. Ensuite, nos deux héros rencontrent par hasard un certain Robbie, surnommé le Kid, un petit bonhomme de onze ans qui leur réserve bien des surprises ! Enfin, par le biais de Zombiebusters Inc., ils entrent en contact avec le docteur Barnes, un scientifique qui ne fera pas l'unanimité dans le couple.
Alors de l'humour oui, il y en a, mais ne vous attendez pas au roman de l'année. L'histoire est prévisible et pas vraiment approfondie. Malgré cette contamination à l'échelle nationale, l'auteur se centre en effet uniquement sur Sarah et David, comme s'ils étaient les seuls à tenter de lutter contre les zombies.
Néanmoins, si le premier tome vous a plu, n'hésitez pas à vous plonger dans celui-ci, qui vous divertira assurément. C'est sympathique, sans prétention et on sourit à des nombreuses occasions.
24 janvier 2012
Eroticortex - Thierry Maugenest

Quatrième de couverture :
La révolution scientifique est en marche. Le professeur Carrington, nobélisable en puissance et grand manitou du laboratoire Lanxis, vient de découvrir l’aire de Dieu à l’intérieur du cortex. Cet homme est l’archétype du scientifique illuminé, capable de repousser les limites de la connaissance au-delà même de ce qu’on peut imaginer. Et bien sûr, tout cela sans se préoccuper ni d’éthique ni des conséquences parfois désastreuses que peuvent entraîner ses expériences.En attendant, si Dieu est dans le cerveau, Dumbleton est capable de supprimer Dieu du cerveau. Et c’est ainsi que des religieux deviennent de farouches athées et que des mécréants se transforment en grenouilles de bénitier. La thèse du professeur est simple : tout, absolument tout, est dans le cortex de l’homme. Et c’est le cortex qui a crée Dieu.Très vite Carrington , ayant maîtrisé l’aire de la religion, se préoccupe d’amour, ou plutôt de sexe. Et là encore, en agissant sur certaines zones du cerveau, il provoquera des catastrophes.Le laboratoire est menacé par des opposants à ses théories, qui veulent l’immoler.
À l’intérieur même du labo, la révolte gronde. D’autant que ce « professeur maboule » n’est pas à l’abri des sentiments et qu’il se pourrait que l’amour qu’il porte à sa belle assistante, Ayumi Hatsumo, le mène à sa perte.
Mon avis :
Jusqu'où la recherche scientifique peut-elle aller ? Y a-t-il des barrières morales à ne pas franchir ? Les laboratoires pharmaceutiques, sous couvert de leur toute-puissance financière, peuvent-ils tout acheter et tout tolérer ?
Dans un livre d'humour noir à la forme originale, Thierry Maugenest nous plonge dans le laboratoire Lanxis où officie une sorte de savant fou, spécialisé dans les neurosciences.
Albert Carrington est un savant reconnu qui effectue des recherches sur le cortex et les aires qui le composent. Son but ? Contrôler toujours plus l'esprit humain, en faisant croire à tout un chacun, par le biais de la presse, que ses recherches seront un jour salutaires pour l'homme. Entourer d'une équipe de scientifiques, il est secondé notamment par une certaine Ayumi Hatsumo qui ne le laisse pas indifférent.
Les travaux menés impliquent des expérimentations et donc des cobayes humains. Cet aspect du livre est très intéressant puisque l'auteur nous démontre bien qu'Albert Carrington se croit tout permis du fait de l'important dédommagement financier que le laboratoire offre à ces testeurs. Mais l'argent peut-il tout acheter ? En définissant les émotions et les particularités humaines comme des maladies, ce savant fou justifie ses dérives. Dans le roman, il découvre l'aire de Dieu dans le cortex, puis l'aire de la bêtise et celle de l'amour et la sexualité. En envoyant des décharges électriques, il transforme un moine bouddhiste en acteur de films pornographique, un "con" en mathématicien de génie puis il détruit le sentiment amoureux chez un jeune couple de tourtereaux.
Sous couvert d'un humour (noir) grinçant, l'auteur dénonce un système scientifique dont les ficelles sont tirées par les laboratoires pharmaceutiques, où la question morale est parfois bafouée en prenant l'excuse de la science.
L'originalité du livre tient à deux aspects :
- Le thème du livre ainsi que le choix de le traiter avec humour.
- Et surtout la forme stylistique choisie par l'auteur. Et là, le lecteur se retrouve dans une configuration que je n'avais, personnellement, jamais rencontrée dans mes lectures par le passé. Le livre alterne des passages de courts dialogues entre individus travaillant au sein du laboratoire Lanxis, et des articles de presse fictifs. Ces articles ont la forme réelle d'une page de journal ou de magazine (à la manière d'illustrations insérée dans l'histoire). Le lecteur a l'impression d'être plongé au milieu de commérages internes lors des dialogues puis en spectateur externe en lisant les articles de presse.
Concernant les personnages, l'auteur ne cherche en aucun cas un quelconque attachement entre le lecteur et un ou plusieurs personnages. Les seuls dont le lecteur connaît les noms sont Albert Carrington et son assistante Ayumi Hatsumo. La prouesse est de ne jamais les faire parler : ce qu'on entend d'eux ne font que des on-dits ou bien des informations ou interviews relayées par la presse. Ainsi, ils n'ont pas de profondeur et de caractéristiques très précises.
Concernant les individus dialoguant, il n'y a jamais de mentions de leur nom ou de leur fonction dans le laboratoire.
En conclusion, je dois dire que j'ai apprécié ce livre dans l'ensemble, notamment par le message qu'il transmet mais aussi par la forme utilisée que j'ai vraiment beaucoup aimé, et qui en fait un livre hors-normes au sens propre du terme.
Remerciements : Je remercie chaleureusement les éditions JBZ et cie ainsi que le site Newsbook pour m'avoir permis de découvrir ce livre !


23 janvier 2012
Un père idéal - Paul Cleave

Quatrième de couverture :
Jack Hunter a longtemps été un bon époux et un père idéal. Un homme bien sous tous rapports, hormis cette petite manie secrète et discutable : le meurtre violent de prostituées. Aussi son fils Edward ne s'attendait-il pas à ce que la police vienne un jour frapper à la porte de leur maison si tranquille pour arrêter le premier serial killer de l'histoire de Christchurch, Nouvelle-Zélande. Vingt ans plus tard, Edward est à son tour devenu un citoyen modèle. Comptable sans histoire dans un cabinet d'avocats de la ville, il a tout fait pour oublier et faire oublier ses sombres origines. Mais le jour où sa femme est sauvagement assassinée, c'est vers son père, toujours derrière les barreaux, qu'il va se tourner pour prendre conseil. Pourra-t-il faire autrement que de marcher sur ses traces ? L'instinct de tueur est-il vraiment héréditaire ? Autant de questions qu'Edward va devoir affronter durant une folle semaine qui verra sa vie bien rangée basculer dans l'horreur.
Mon avis :
Une couverture superbe, un titre accrocheur. Des symboles opposés qui intriguent : "père idéal", couteau caché dans le dos. Après "Un employé modèle" que j'avais adoré, c'est avec un plaisir non feint que j'ai entamé ce deuxième livre de Paul Cleave paru chez Sonatine Editions.
Premier étonnement : il ne s'agit pas de la suite de "Un employé modèle". Je pensais que le protagoniste de cette histoire était le fils du Boucher de Christchurch, mais ce n'est pas le cas ; bien que son père soit bien un tueur en série également. Décidément, Christchurch a un haut degré de grosse criminalité malgré son nom !
Revenons à notre mouton. Edward Hunter vit depuis toujours avec les regards suspicieux de la population : son père, Jack Hunter, est un tueur en série qui s'est attaqué à de nombreuses prostituées. Arrêté lorsque le petit Edward avait neuf ans, celui-ci se targue de ne pas être comme son père. D'ailleurs, sa vie de comptable rangé et d'homme marié père de famille l'atteste.
Mais un évènement vient remettre tout cela en question : sa femme meurt assassinée dans le braquage d'une banque. Dès lors, il est chamboulé, détruit et perd tout ses repères. Le lecteur suit la transformation de sa personnalité, dans une sorte de schizophrénie qui le fait osciller entre la bonne façon d'agir et la mauvaise.
Sans en dévoiler trop, vous l'aurez compris, le roman s'appuie sur le drame qui touche Edward Hunter ainsi que sur le changement évident de personnalité qui va se produire. Va-t-il satisfaire tout le monde en devenant lui aussi un tueur ? Va -t-il résister à ses pulsions meurtrières ? C'est ce que va découvrir le lecteur au fil de cette histoire.
L'auteur a créé un personnage très intéressant, qui va se retrouver dans un engrenage destructeur. Le problème n'est pas ce qui arrive à sa femme : cela n'est que le déclencheur. Le problème est enfoui : avec l'histoire de son père et la pression des individus qui le suspectent sans cesse, Edward ne peut gérer son deuil de la même façon qu'un homme lambda. Ce roman nous parle donc de génétique, de déterminisme et de psychologie.
Je m'attendais à un thriller haletant, malheureusement, j'ai été un peu déçue de trouver une intrigue policière presque banale, sans originalité. La force de l'auteur reste l'utilisation d'une narration excellente : Edward Hunter parle à la première personne du singulier ("je"), ce qui permet de se glisser dans son esprit torturé. Le meilleur de ces 400 pages tient dans le dernier rebondissement : j'ai trouvé la fin parfaite puisque l'auteur ne se perd pas dans un happy end qui n'aurait pas lieu d'être. Mais je ne peux nier que le milieu du livre m'a parfois lassé, au point de survoler quelques pages, ce qui est très rare lors de la lecture d'un thriller.
Je ne garderais donc pas un souvenir impérissable de cette lecture, néanmoins je lirais avec plaisir les futurs parutions de l'auteur, qui m'avait fait grande impression avec "Un employé modèle".
22 janvier 2012
Le chuchoteur - Donato Carrisi

Quatrième de couverture :
Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière.
Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.
Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents spéciaux ont l'impression d?être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure?
Un époustouflant thriller littéraire, inspiré de faits réels.
Mon avis :
569 pages de bonheur, de rebondissements et de frissons avec cet excellent thriller. Voilà mon premier ressenti après avoir refermé ce livre de Donato Carrisi, élu meilleur polar 2011 Le Livre de Poche.
L'histoire commence par la découverte de six petites fosses où reposent six bras gauche de fillettes. L'équipe de l'inspecteur-chef Roche est mise sur le coup, avec notamment le professeur criminologue Goran Gavila en tête de file. A eux s'ajoute également Mila, une jeune femme qui enquête habituellement sur les enfants disparus. Ici, le problème est clair : cinq fillettes ont disparu récemment, et non six, comme l'atteste le nombre de bras retrouvés. Qui est donc cette sixième victime ?
Avec ce début, on pourrait croire à un thriller très basique. Que nenni. On embarque dans l'univers d'un tueur en série, de ceux que les autorités ont rebaptisé les "chuchoteurs". Le lecteur ne comprendra cette dénomination qu'en toute fin de roman. Ce tueur va faire réapparaître les corps petit à petit, dans des situations assez étonnantes, puisqu'il s'arrange pour que ce soit toujours en présence d'un individu ayant quelque chose de grave à se repprocher. Les notions du bien et du mal s'entrecroisent dans ce livre, bien loin d'une vision manichéenne comme cela peut être le cas dans les policiers banals. L'auteur amène son lecteur vers la réflexion selon laquelle en chaque être humain se terre une part mauvaise, un aspect sombre, qui peut exploser à tout moment (cela n'est pas sans rappeler La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt).
Concernant les personnages, le lecteur en suit plusieurs, mais le focus est fait sur deux d'entre eux : Mila Vasquez et Goran Gavila. Ce qui est passionnant, c'est que l'auteur nous fait comprendre dès le début du roman que chacun porte un lourd secret, qui ne sera dévoilé qu'à la toute fin. Deux secrets que j'ai trouvé excellents. Attention lecteurs ! Attendez-vous à être bernés sur toute la ligne par Donato Carrisi ! Il nous propose en effet deux anti-héros non conventionnels, qui vous étonneront jusque dans les dernières pages. A tel point que ce qu'on apprend sur Goran Gavila m'a vraiment chamboulée. Physiquement, mon coeur s'est mis à battre très vite et j'ai dû relire le passage en question deux fois afin d'être sûre d'avoir bien compris ! Surprenant.
Le style de l'auteur est tout à fait agréable. Je n'ai pas relevé de longueurs ou de temps mort. Une fluidité nous fait tourner les pages rapidement pour en savoir toujours plus.
C'est un thriller que je conseille à tous les amateurs du genre.
Cadre de lecture : Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune organisée sur le forum Livraddict. Voici le lien des chroniques des lecteurs qui y ont également pris part :
- Louou86
- Rose
- StupidGRIN
20 janvier 2012
J'ai testé... les marques-pages artisanaux
Bonjour à tous !
Amis lecteurs, il est pour nous un accessoire indispensable : le marque-pages ! Qu'il soit digne d'une carte postale, promotionnel ou que ce soit simplement un post-it, le marque-page suit le lecteur au fil des livres qu'il découvre.
Aujourd'hui, j'ai donc testé pour vous deux marque-pages artisanaux, disponibles sur la boutique Priceminister de lafee16. Avec des breloques plutôt destinées à un public féminin, je trouve qu'ils font l'impression d'un "bijou de livre". Voici quelques photos :


Une fée clochette et un flacon de parfum pour moi ! Envie de voir ce que cela donne sur le livre ?


J'en suis devenue complètement fan pour ma part ! C'est adorable, petit et ça n'abîme pas le livre.
A savoir : Si vous souhaitez une breloque particulière, n'hésitez pas à écrire à lafee16. Elle peut personnaliser vos marque-pages comme vous le souhaitez ! [Exemple : la breloque parfum n'est plus disponible ? Ne soyez pas déçus, envoyez-lui un petit message pour savoir si elle en possède encore]
Une dernière photo pour la route ?

// Communauté de blogueurs Priceminister //
16 janvier 2012
Via Temporis, t.1 : Opération Marie-Antoinette - Joslan F. Keller

Quatrième de couverture :
Paris, 14 décembre 2012. Mathias Brume et son amie Charlotte Champlain sont deux étudiants comme il en existe des milliers : ils étudient et ils s’aiment ! En répondant à l’invitation d’Aimery de Chalus, un vieux professeur de la Sorbonne inconnu, ils sont loin de se douter de l’incroyable découverte qui les attend. Sous prétexte de déchiffrer une énigme particulièrement retorse, nos deux héros vont d’abord apprendre l’un des secrets les plus gardés de tous les temps. Mais surtout, la menace tangible d’une prophétie oubliée, de nature à balayer l’humanité, va les emporter dans une série d’aventures déconcertantes qui leur fera découvrir les moments clés de la Révolution française. Mathias et Charlotte découvriront-ils qui se cache derrière cette terrible intimidation ? Comment échapperont-ils aux pièges du passé ? Et, au terme de cette aventure extraordinaire, sauveront-ils le monde de sa fin annoncée ?
Mon avis :
Roman d'aventures et fresque historique sont les deux ingrédients de ce roman jeunesse. Ajoutez à cela trois personnages principaux tout à fait charmants, et vous obtiendrez "Via Temporis" et son "Opération Marie-Antoinette", premier tome d'une saga mettant en scène les mêmes personnages, mais écrit par des auteurs différents.
Le thème principal du livre en ravira plus d'un puisqu'il s'agit de voyage dans le temps. Nous sommes en décembre 2012. Mathias, un jeune homme de vingt-et-un ans, est contacté par un professeur d'Histoire à la Sorbonne par le biais d'un forum "Etrange histoire". Il se rend au rendez-vous donné par cet homme avec sa petite amie Charlotte.
A partir de là, ils vont se retrouver au coeur d'une énigme historique : la découverte de la rivière de diamants de Marie-Antoinette. Pourquoi est-ce si urgent ? Aimery de Châlus en a reçu l'obligation ; sous forme de menace ; par un certain Iké Darkvenom. L'énigme doit être résolue avant le 24 décembre 2012, 21 heures, sous peine d'un cataclysme.
C'est une aventure trépidante qui s'engage alors. Les deux jeunes gens et le vieux professeur vont user du voyage dans le temps pour décoder les textes envoyés par leur ennemi invisible. Pour cela, ils bénéficient de deux machines portatives. Ils vont être amenés à explorer divers lieux et évènements historiques s'étant déroulés entre 1790 et 1792, en pleine Révolution Française. De nombreuses rencontres avec des personnages célèbres, des déconvenues, des victoires vont jalonner leur parcours.
Les personnages sont très charmants et plairont certainement aux adolescents.
Mathias Brume, tout d'abord, est un beau jeune homme, plutôt timide et réservé. Etudiant en master 1 d'histoire, il est passionné par les énigmes historiques, d'où sa participation au forum "Etrange histoire".
Charlotte Champlain est une jeune demoiselle de dix-huit ans. Actuellement en première année de littérature, elle souhaite devenir journaliste. Pleine d'entrain, elle est d'un caractère totalement opposé à celui de son petit-ami. Elle est le rayon de soleil de ce roman, toujours imprévisible et drôle.
Aimery de Châlus est professeur à la Sorbonne. Il a soixante-cinq ans et cache un secret qui va étonner ses deux acolytes et le lecteur. Il est la figure du grand-père idéal.
Un récit que j'ai beaucoup apprécié pour plusieurs raisons.
Dans un premier temps, ce roman historique mêlé à un roman d'aventures est addictif. Une fois plongé dans les premières pages, il est vraiment difficile de le lâcher. D'autant que la trame est efficace puisque les personnages sont confrontés à un texte codé et, une fois celui-ci résolu, le mystérieux Iké Darkvenom leur en envoi un autre, et ainsi de suite.
Dans un deuxième temps, le jeune lecteur apprendra l'histoire en se divertissant. Beaucoup de passages historiques célèbres sont relatés et traversés par Mathias et Charlotte, de même que des anecdotes.
Enfin, l'auteur a choisi, à la fin de son ouvrage, de raconter ce que sont devenus les personnages historiques évoqués dans son roman, tels que Marie-Antoinette, Louis XVI, Choderlos de Laclos, etc ; mais également de faire un point sur les faits réels et la fiction. Ainsi le jeune lecteur sait exactement à quoi s'en tenir : ce qui s'est réellement passé et ce que l'auteur a inventé pour servir son histoire.
Amateurs d'histoire, jeunes ou adultes, je ne peux que vous recommander ce premier tome de Via Temporis. A savoir qu'un deuxième tome est déjà paru, qui emmène nos personnages chez les Templiers.
14 janvier 2012
La part de l'autre - Eric-Emmanuel Schmitt

Quatrième de couverture :
8 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l'École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde...
Mon avis :
Si les rêves d'artiste peintre d'Adolf Hitler n'avaient pas été avortés par l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne, quelle aurait été la vie de cet autrichien et quel aurait été le monde de la première moitié du XXe siècle ? C'est cette question que s'est posée Eric-Emmanuel Schmitt au travers de ce roman.
Adolf Hitler, Adolf H. Deux personnalités différentes, un seul homme. Dans "La part de l'autre", le livre alterne les paragraphes racontant la vraie histoire d'Hitler, depuis 1908 jusqu'à sa mort, et ceux imaginant la vie qu'aurait été la sienne s'il avait été accepté aux Beaux-Arts.
Entre roman historique basé sur des documents d'archives et histoire romancé, le lecteur s'ouvre à un sujet tabou : comprendre les horreurs commises par Hitler en essayant de décrypter comment les péripéties de sa jeunesse l'ont conduit à devenir le monstre qui a commis l'un des plus grands génocides du XXe siècle.
Premier problème de conscience qui survient : oui, le jeune Hitler m'est sympathique. A cette époque, il n'est pas encore le furieux dictateur, simplement un adolescent qui n'accepte pas que l'on nie sa qualité de peintre. Il ne se remet pas en cause, il est seul. Ce qui va le transformer, c'est la Première Guerre mondiale. Il va se révélé à lui-même dans ce conflit puisque l'armée le fait exister et le reconnaît. Et surtout l'échec de l'Allemagne, qui va faire naître son antisémitisme. Eric-Emmanuel Schmitt ne juge pas son personnage. A la fin de l'ouvrage, dans son "Journal" d'écrivain, il raconte qu'il hait Hitler comme la plupart d'entre nous ; mais cela ne se ressent pas dans le récit. Il veut comprendre ; ce qui ne veut pas dire excuser.
Bien sûr on se sentira plus à l'aise avec Adolf H. Lui aussi a ses travers, mais il cherche à se soigner. Ses relations avec les femmes et la sexualité ne lui semblent pas normales ? Il va consulter le Dr Freud sur les conseils de son médecin de famille. Ce que l'Hitler que l'on connaît ne fera jamais. La vie de ce personnage est plutôt banale mais elle prend tout son sens quand on le replace dans le contexte : cette vie aurait pu être celle d'Adolf Hitler.
J'ai trouvé ce roman magnifiquement écrit. Du début à la fin, il y a du rythme, de la documentation, des recherches sur la psychologie humaine, sur la façon dont une personnalité se forge. Certains passages constitués de phrases courtes rendent le récit presque musical.
C'est un roman que je conseille vivement car, en plus de nous apprendre des vérités historiques sur la vie d'Hitler que l'on pourrait ignorer, il ne nous laisse pas indemne. On se pose alors une question fondamentale : s'il m'arrivait un évènement X, je pourrais moi aussi laisser émerger "l'autre", cette part de nous qui serait aussi mauvaise que celle d'Hitler. Effrayant oui, mais il est essentiel d'en être conscient.
Cadre de lecture : Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune organisé sur le forum Livraddict. Voici le lien des chroniques des lecteurs qui y ont également pris part :
- Kactusss
- Tachas
- Fleurdusoleil
- Elora
- Stellade
- Vashta Nerada
- Nekotenshi
- Agnes
- Tousleslivres
- Céline031
10 janvier 2012
Terrienne - Jean-Claude Mourlevat

Quatrième de couverture :
Après avoir reçu un étrange message de sa soeur Gabrielle, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche.
Accompagnée d'un vieil écrivain en mal de création, rencontré sur la route, elle passe alors brusquement de l'autre côté.
Et découvre un monde parallèle, un univers blanc, aseptisé, glacial. Là-bas, les habitants ne respirent pas, ne sourient pas, et les humains sont esclaves. Au milieu d'eux, elle comprend vite que sa soeur est retenue prisonnière, quelque part, et qu'elle est en danger. Anne va tout tenter... jusqu'au péril de sa vie.
Mon avis :
Comment mieux apprécier notre vie sur Terre qu'en découvrant un monde parallèle terrifiant par son caractère fade et sans relief ? C'est l'expérience que va mener Anne Collodi dans ce roman jeunesse, "Terrienne".
Anne, jeune fille de dix-sept vit à Saint-Etienne. Sa vie n'est plus celle d'une adolescente normale depuis que sa soeur aînée, Gabrielle, a disparu voilà un an. Jusqu'au jour où elle reçoit un message improbable de Gabrielle. Dès lors, elle va découvrir qu'elle vit près d'une faille immatérielle, qui conduit vers un univers aseptisé où les individus ne respirent pas, n'éprouvent aucun sentiment et où l'argent n'existe pas.
L'auteur développe une récit fantastique très intéressant mais qui manque d'explications plus approfondies sur la teneur du monde et sur la façon dont les individus ont eu connaissance de la vie sur Terre ; qu'il s'agisse d'un mythe pour les uns ou d'un savoir pour les plus érudits et les privilégiés. Evidemment, je n'oublie pas que ce livre est destiné aux adolescents et que les descriptions doivent être concises pour ne pas lasser les lecteurs.
Les personnages sont très intéressants et particulièrement bien travaillés. C'est à travers eux que l'on en apprend davantage sur cet univers parallèle.
- Anne Collodi est la protagoniste de notre histoire. A dix-sept ans, elle ne paraît ni trop mûre, ni pas assez. Elle est forte mais sans excès, c'est-à-dire que le désespoir décuple sa volonté et son intelligence, ce qui est tout à fait vraisemblable. Je l'ai trouvé très complète.
- Bran Ashelbi est un jeune homme de vingt ans qui vit dans le monde parallèle sous l'appelation d'hybride. En effet, il est né d'un gamète masculin et d'une mère terrienne. Il est complètement tourmenté par ce métissage et il est celui qui ressent le plus les émotions terrestres et qui peut vivre comme un terrien. De part sa singularité, il vit à l'écart de la population dite "normale", avec nombre d'adolescents comme lui. Il est un soldat, c'est-à-dire qu'il se forme pour être envoyé en mission dans l'autre monde.
- Gabrielle Collodi est un personnage secondaire. Elle apparaît lorsque l'auteur nous explique les conditions de sa détention. Séquestrée et droguée, elle n'a pas de personnalité propre dans le roman. Elle la cause des aventures que va vivre sa soeur Anne pour la retrouver.
- Etienne Virgil est un vieil homme de soixante et onze ans. Ecrivain sans aucun confiance en lui, il va rencontrer Anne totalement par hasard et la mener à la frontière de ce monde qu'il ne connaît pas encore. Une tendresse va s'intaller entre eux et Anne va sentir qu'elle peut compter sur lui s'il lui arrive quelque chose lors de son "passage". A la manière d'un grand-père, il va accourir au secours de la jeune fille dès qu'elle l'appellera, et cela sans rien demander.
- Madame Stormiwell est une femme de l'autre monde, travaillant à l'hôtel Légende dans lequel Anne va descendre lors de ses passages. Fascinée par le monde des terriens, elle se prend de sympathie pour l'adolescente et va se révéler une alliée indispensable.
De nombreux autres personnages apparaissent dans ce roman, mais ils sont davantage en retrait, même si chacun garde son intérêt.
Le style d'écriture est très bon et bien adapté au public visé. Les adultes pourront trouver certaines expressions enfantines, mais rien de ridicule non plus.
Pour conclure, j'ai beaucoup aimé cette histoire même si elle ne m'a pas transporté comme cela a pu être le cas pour d'autres lecteurs. J'aurais apprécié en savoir encore plus sur ce monde parallèle et les rapports avec les terriens.
Néanmoins, je note une fin parfaite, qui m'a touchée voire émue. Une belle leçon sur la beauté de notre monde et de notre vie, dans tout ce qu'ils recèlent de bons et de mauvais. Un ensemble qui créé une richesse incomparable dont il faut être conscient.
08 janvier 2012
Canal Mussolini - Antonio Pennacchi

Quatrième de couverture :
Les Peruzzi: dix-sept frères et soeurs, une tribu. Des paysans sans terre, tendance marxiste, à la tête dure et au sang chaud. Parce qu’un certain Benito Mussolini est un ami de la famille, ils abandonnent le rouge pour le noir. En 1932, avec trente mille autres affamés, ils émigrent dans les marais Pontins, au sud de Rome, où démarre le chantier le plus spectaculaire de la dictature. Huit ans sont nécessaires pour creuser un gigantesque canal, assécher sept cents kilomètres carrés de bourbiers infestés de moustiques et bâtir des villes nouvelles. Enfin, les Peruzzi deviennent propriétaires de leurs domaines. Mais tandis que l’histoire emporte les aînés dans le tourbillon des conquêtes coloniales et de la Seconde Guerre mondiale, au Canal, les abeilles d’Armida, l’ensorcelante femme de Pericle, prédisent un sombre avenir. Entre chronique et farce, Pennacchi signe un roman époustouflant où la saga d’une famille sur trois générations croise un demi-siècle de l’histoire italienne.
Mon avis :
C'est une plongée dans l'Italie de la première moitié du XXe siècle, au travers d'une saga familiale, que va découvrir le lecteur en lisant ce roman. Antonio Pennacchi le souligne lui-même dans le préambule : "ce livre est la raison pour laquelle je suis venu au monde". Ayant étudié l'histoire italienne avec grand intérêt, ce livre qui se définit "entre chronique et farce" m'a interpelé.
Ce roman est une saga familiale, celle des Peruzzi, dont l'histoire évolue avec le contexte historique de l'arrivée du fascisme et de Mussolini en Italie. Largement inspiré de sa propre famille, le narrateur pourrait être Antonio Pennacchi lui-même. De la rencontre de ses grands-parents à sa naissance ; de la guerre de 14-18 à la seconde guerre mondiale ; l'auteur arrive à entremêler l'Histoire avec un "H" majuscule et la petite histoire, celle des paysans italiens de l'époque.
C'est avec beaucoup de franchise que le narrateur explique l'attachement des Peruzzi au Fascio puis au parti fasciste. Chose inavouable de nos jours, il faut savoir qu'après la Première Guerre Mondiale, les soldats italiens sont conspués par leurs compatriotes et par le parti socialiste, initialement contre le conflit. Seuls les adhérents au Fascio et Mussolini les reconnaissent, les remercient et, surtout, promettent à leur famille (souvent des paysans métayers) de devenir propriétaires terriens. Comment auraient-il pu ne pas ovationner cet orateur proche du peuple ? Antonio Pennacchi n'a que faire des conventions et replace les choses dans leur moule initial : il n'était pas condamnable d'être fasciste au début du mouvement, avant la dictature et les horreurs de la guerre.
Mais ce livre est aussi l'histoire de l'assénissement des Marais Pontin, notamment par le Canal Mussolini où vivaient les Peruzzi. Une vie extrêmement difficile au début de leur urbanisation, lorsque moustiques et malaria profiléraient.
Les personnages sont nombreux dans ce roman, mais je n'ai eu aucun problème pour m'y retrouver ; certainement du fait que l'auteur les nomme sans cesse et les fait entrer dans la tête du lecteur grâce à la répétition.
Entre personnages fictifs (les Peruzzi) et ceux ayant une réalité historique, Antonio Pennacchi entremêle les deux avec brio. Un glossaire en fin d'ouvrage permet au lecteur de se documenter sur l'activité et le rôle de certaines personnalités citées dans le livre.
Concernant la famille Peruzzi en particulier, ils sont tous attachants de par leur unité malgré des caractères trempés et très différents.
Le style d'écriture d'Antonio Pennacchi est tout à fait atypique. Très dense, avec de longues descriptions et surtout un nombre trop important de digressions, il faut vraiment une concentration extrême pour ne pas se perdre. Le schéma commun est le suivant : une histoire nous est racontée ; celle-ci amène une anecdote qui va ouvrir une grande parenthèse de quinze pages ; puis on revient à l'histoire initiale. Pour un roman de 500 pages, j'ai malheureusement trouvé cela lassant après en avoir lu les trois quarts.
Notons tout de même le langage "paysan", argotique et haché, que j'ai beaucoup apprécié puisqu'il permet de se plonger dans le quotidien des métayers.
En conclusion, je dirais que ce livre est passionnant durant les 300/350 premières pages. Un puits de savoir sur l'histoire de l'Italie du XXe siècle mais aussi une découverte du monde paysan. Avec des descriptions et des digressions moins longues, le roman aurait gardé ce côté saga historique vivante et entraînante. Malheureusement, les 150 dernières pages ont été très dures à lire, le style devenant lassant et ennuyant.
Une lecture mitigée mais dont le fond historique est très intéressant néanmoins. Elle intéressera les amateurs d'histoire italienne et ceux qu'un style descriptif et plein de digressions n'effraie pas.
06 janvier 2012
Uglies, t.1 - Scott Westerfeld

Quatrième de couverture :
Tally aura bientôt 16 ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s'apprête à subir l'opération chirurgicale de passage pour quitter le monde des Uglies et intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis promis par les Autorités, Tally n'aura plus qu'une préoccupation, s'amuser... Mais la veille de son anniversaire, Tally se fait une nouvelle amie qui l'entraîne dans le monde des rebelles. Là-bas, elle découvre que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu'un secret d'État : une manipulation. Que va-t-elle choisir? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection ?
Mon avis :
Que serait le monde si l'on vous persuadiez que vous naissez laid mais qu'à seize ans, une opération vous rendra beau et heureux ? Un endoctrinement des cerveaux qui repose sur le paraître, sur l'amusement, pour détruire toute volonté de réflexion et de rébellion. C'est l'univers dans lequel Scott Westerfeld nous plonge avec "Uglies".
Les Uglies sont de jeunes adolescents qui, de douze à seize ans, partent de chez leurs parents pour vivre dans des dortoirs à Uglyville. Période de transition où ces jeunes gens n'aspirent qu'à devenir des Pretties, c'est-à-dire des personnes parfaites, grâce à la mystérieuse Opération.
Le lecteur va suivre Tally, une demoiselle qui attend avec impatience sa transformation. Son meilleur ami vient de devenir un Pretty ; elle est donc seule dans Uglyville quand elle rencontre Shay, qui va l'amener à se poser de nombreuses questions sur cette société qu'elle refuse en masse.
Cette saga young adult, bien que destinée à la jeunesse, ne gênera pas les adultes, au contraire. J'ai trouvé l'écriture très agréable et certainement pas enfantine.
Au sujet du rythme de l'histoire, le début m'a semblé long et redondant. A partir de 150 pages environ, lorsque Tally est prête pour sa transformation, j'ai réellement commencé à accrocher au roman. Cette dystopie est donc longue à démarrer mais le sujet de fond est vraiment intéressant. L'auteur exploite un thème de notre société où seule l'apparence compte et dans laquelle les modèles de perfection aussi bien féminins que masculins sont dictés par les médias. Tally est le personnage central du roman : endoctrinée, elle va peu à peu ouvrir les yeux devant la terrifiante vérité que cache les Specials Circumstances, qui gèrent notamment l'Opération. Shay et David sont deux personnages secondaires qui vont aider à cette prise de conscience. Chacun des trois sont très différents et par là même très intéressant. Ils ont un potentiel de réflexion qui s'éveille au contact les uns des autres, ce qui laisse présager une suite intéressante et pleine d'action.
Premier dystopie jeunesse que je lis et je dois dire que je trouve ce concept, maintenant à la mode, très formateur pour les adolescents. Une histoire mettant en scène des jeunes adultes, qui vivent avec les problèmes de leur âge, mais qui sont face à une société contre-utopique, où les consciences sont contrôlées d'une quelconque manière. Des récits qui mènent à une réelle réflexion sur le rôle des masses et de leur endoctrinement : distrayant et intelligent.
04 janvier 2012
Les châteaux fabuleux de Louis II de Bavière - Elisabeth Reynaud

Quatrième de couverture :
Roi de légende, mécène et protecteur des arts qu'on déclara fou, Louis II de Bavière nous laisse pourtant un fabuleux héritage.
En 1864, au coeur d'une Europe déchirée, il succède à son père sur le trône de Bavière à 18 ans. Sa beauté juvénile, sa prestance séduisent d'emblée son peuple.
Lui se voit Lohengrin, chevalier du cygne, Tristan ou Parsifal. Il s'exalte pour l'opéra et développe une passion immodérée pour Richard Wagner, son "Unique". Il cède à tous les caprices du compositeur et finance pour lui le théâtre de Bayreuth.
Âme sensible torturée par des amours interdites, Louis fait construire des palais de contes de fées comme autant d'écrins pour abriter ses rêves. Les châteaux de Neuschwanstein, de Linderhof et de Herrenchiemsee, qui engloutissent des sommes considérables, témoignent encore aujourd'hui d'une incroyable fièvre bâtisseuse.
À ces deux passions s'ajoutent celles que lui inspirent les jeunes hommes et sa cousine Sissi, impératrice d'Autriche. Elle sera son âme soeur et sa confidente jusqu'à sa mort tragique en 1886.
"Je veux demeurer pour moi et pour les autres une éternelle énigme", écrit-il.
À partir d'un large choix de lettres, extraites notamment de la correspondance de Louis II et Wagner, de passages de son journal intime et des témoignages de ses contemporains, Elisabeth Reynaud dévoile les facettes d'un roi souvent incompris.
Mon avis :
Louis II de Bavière, ou la figure d'un roi qui n'était pas fait pour gouverner.
Elisabeth Reynaud, auteur de plusieurs romans et biographies, nous entraîne dans la vie étonnante et chimérique de ce roi au caractère atypique.
Dès lors que Louis II accède au trône de Bavière en 1864, le peuple n'aura de cesse d'admirer ce beau jeune homme. Cet amour ne se tarira jamais, malgré les dépenses folles qui caractérisera son règne. Dépenses pour entretenir son ami et idole Richard Wagner, mais aussi dépenses pour faire construire trois magnifiques châteaux au luxe débordant : Neuschwanstein, Linderhof et Herrenchiemsee. Les nombreuses photos couleur et noir et blanc présentes dans l'ouvrages permettent au lecteur de se rendre compte du faste de ces constructions.
Elevé dans une rigueur catholique extrême, Louis II se veut chaste comme les chevaliers qu'il admire. Néanmoins, il sera torturé toute sa vie par son homosexualité qui le culpabilise à l'extrême. Elisabeth Reynaud nous livre quelques passages éloquents de son journal intime : c'est un homme tiraillé entre ce que souhaite sa raison et ce que lui fait accomplir son coeur.
Au cours des vindt-sept chapitres que comporte ce docu-fiction biographique, Elisabeth Reynaud retrace la vie de cet homme rêveur, ce roi amateur de grands espaces et de solitude, amoureux des opéras de son "Unique", Richard Wagner. Roi mécène, c'est certainement grâce à lui que Wagner a pu écrire et mettre en scène ses plus grandes oeuvres. Roi pacifiste, la guerre l'horripilait, notamment la mort des civils et des soldats qu'il voulait éviter.
La politique l'intéresse peu, il préfère se réfugier dans le paraître, dans un monde qu'il s'est inventé de toute pièce.
Les amateurs d'histoire, comme c'est mon cas, se régaleront de cette lecture. D'autant que le style d'écriture est accessible : il ne s'agit pas ici d'une étude ou d'une thèse. J'ai relevé une certaine poésie dans les tournures de phrases : celles-ci s'enchaînent avec tellement de fluidité que la lecture n'en est que plus agréable et rapide.
L'impression d'avoir approfondi un pan de l'histoire de l'Allemagne mais aussi de l'Europe est nette lorsque l'on ferme ce livre.
03 janvier 2012
Les tribulations d'une caissière - Anna Sam

Quatrième de couverture :
Que voit-on du monde et des gens quand on les voit du point de vue d’une caissière de grande surface ? Que sait-elle de nous en voyant ce que nous achetons, ce que nous disons, les questions que nous posons ? Le passage en caisse est en réalité un moment très particulier. À tort, nous pensons que tout est neutre dans cette opération et nous ne nous surveillons pas. La caissière est pour nous un regard aveugle, à la limite elle est elle-même une machine. Nous nous montrons donc comme nous sommes. Et lorsque la caissière s’appelle Anna Sam, qu’elle est titulaire d’une licence de lettres et qu’elle n’a pas les yeux dans la poche de sa blouse, elle saisit sur le vif nos petits mensonges, nos petites lâchetés, nos habitudes plus ou moins bizarres, et elle en fait un livre qui ne ressemble à aucun autre.
Mon avis :
Vous ne regarderez plus jamais la caissière de votre supermarché de la même manière ! Après des fous rires, des indignations et beaucoup de compassion, ce livre nous met face à un métier difficile et dévalorisé.
L'hôte(sse) de caisse est une personne. Si, si ; je vous assure ! Voilà en gros le message que souhaite faire passer Anna Sam dans ce livre. Une personne douée d'intelligence en plus.
Au travers de nombreuses anecdotes et situations cocasses, l'auteur nous raconte la vie d'une caissière (hôtesse de caisse, pardon !) et de ses nombreux déboires avec les clients et la direction. Avec un humour détonnant, un style d'écriture excellent, un pan de la société de consommation se révèle au lecteur. Et là, on ne peut pas s'empêcher de repenser à la dernière fois que l'on a fait nos courses : a-t-on été agréable avec la caissière ? Que lui a-t-on dit ? Bref, assurément, on pensera à ce livre pour la prochaine fois.
L'intérêt de ce livre est qu'il est universel : il parlera autant à la personne qui a exercé ou exerce ce métier qu'au client habituel des supermarchés. Il marchera autant en France que dans tous les pays où la société de consommation fait rage. Il fera rire mais il culpabilisera peut-être aussi certains clients inbuvables qui se reconnaîtront facilement.
A savoir : ce livre est né d'un blog : http://caissierenofuture.overblog.com/
Les derniers hommes, t.1 : Le peuple de l'eau - Pierre Bordage

Quatrième de couverture :
Le futur proche, après la troisième guerre mondiale. Dans une Europe dévastée par les pollutions chimiques, nucléaires et génétiques, les rares ressources intactes sont partagées par des tribus nomades qui ont pris chacune en charge l'exploitation d'une denrée spécifique. Solman le boiteux, du peuple aquariote - qui découvre et contrôle les sources d'eau -, possède le don de clairvoyance : infaillible juge des âmes, cet atout le confine aussi à l'écart de tous, qui se méfient de son talent. Seuls Raïma, la guérisseuse, puis la mystérieuse Kadija et un vieux scientifique de l'ancien monde vont l'accompagner dans sa quête pour échapper à l'apocalypse qui semble menacer les derniers hommes...
Mon avis :
Un récit de science-fiction où l'auteur nous plonge dans un futur dévasté, où notre civilisation est morte suite aux excès chimiques, nucléaires, etc. A présent, des peuples nomades cohabitent à la surface de la Terre, dont le peuple de l'eau que nous suivons.
Chaque peuple est détenteur d'une ressource ou d'une technologie. Le peuple de l'eau peut reconnaître l'eau potable de l'eau empoisonnée par des "anguilles GM". D'autres peuples possèdent la savoir des armes à feu. Ainsi, la vie en harmonie est nécessaire puisque chacun doit à l'autre sa survie. Néanmoins, des dissentions existent comme on peut s'en douter : du moment qu'une société naît, l'homme créé des hiérarchies, ce qui engendre des tensions naturelles.
Le lecteur suit Solman le boîteux, un donneur du peuple de l'eau. Un donneur possède le don de percevoir les émotions de chacun, de connaître les pensées bonnes ou mauvaises, etc. Riche de ce don, il est à la fois respecté, craint et détesté. Ce jeune homme de dix-sept ans tente de se faire une place dans cette société dirigée par des pères et des mères, dont les ambitions ne sont pas toujours respectables. Sous couvert d'un bien-être général, ces personnages déterrent les principes des anciennes religions.
L'homme ne peut-il s'empêcher d'exercer une domination sur ses congénères ? Les civilisations prochaines suivront-elles indéfiniment le schéma de la nôtre, qui se détruit elle-même et détruit parallèlement la planète ? Quoiqu'il en soit, ce futur imaginé par Pierre Bordage est loin d'être parfait. Entre retour à une sorte de préhistoire où certaines technologies actuelles subsisteraient, l'auteur nous embarque dans un monde étonnant où l'on imagine sans peine la vraisemblance des faits.
J'ai beaucoup apprécié ce roman de science-fiction, dans lequel les personnages que l'on suit ont une belle consistance. Néanmoins, je soulèverais un point négatif qui m'a dérangé : l'auteur ne nous explique pas ce que sont ces fameuses "anguilles GM" qui ont contaminé l'eau. D'où viennent-elles ? Que sont-elles exactement ? Autant de réponses que je n'ai pas eu dans ce premier tome.
A savoir : sur la boutique Kindle d'Amazon, cet ebook est disponible gratuitement ! Les tomes suivants sont, quant à eux, à 0,99€. Avis à ceux qui possèdent une liseuse électronique.

01 janvier 2012
En série. Journal d'un tueur - David Forrest

Quatrième de couverture :
Plongez dans l’intimité d’un tueur en série anonyme, un sociopathe à la fois effrayant et fascinant. Du passage à l'acte avec une première proie à son dénouement grinçant, le livre vous entraîne dans une spirale d’horreur, d’humour noir et de satire sociale.
Mon avis :
A la découverte des ebooks avec un roman sorti uniquement sous cette forme, et désormais considéré comme le "best-seller numérique de 2011 que personne n'attendait".
Ce thriller est le journal intime d'un tueur en série, où celui-ci explique au lecteur le processus de repérage des victimes, l'accostage et toute la mise en scène qui les mènera à la mort.
David Forrest retranscrit parfaitement l'état d'esprit d'un tueur en série, qui raconte ses crimes de façon si naturelle que cela est d'autant plus effrayant que la mort elle-même, si violente soit-elle.
Le roman est divisé en trois parties de plusieurs chapitres chacune. La première partie s'intitule "Naissance" : on y découvre la génèse d'un tueur en série avec notamment la traque et le meurtre de la première victime. La seconde partie se nomme "Journal", où il décide effectivement de tout noter sur ses agissements, sur les problèmes rencontrés, etc. La deuxième victime meurt dans cette partie.
La troisième partie enfin, s'intitule "Règne". Ici, il est roi. Il maîtrise ses rapts ; avec quelques ratures toutefois ; il cherche à leurrer l'opinion publique : en quelque sorte, il se fait un nom. Le lecteur se rend vite compte que le besoin d'être mis en avant, notamment dans les médias, est un accomplissement en soi. Plus il est relégué en première page, plus il est fier.
Que le lecteur amateur de thrillers qui sortent des sentiers battus n'hésite pas ! Cet ebook est une façon de découvrir un auteur, mais aussi une manière de se lancer dans l'édition numérique avec entrain. Bien moins cher qu'un livre papier (2,99€ sur Amazon), si vous êtes en possession d'une liseuse électronique, allez-y. C'est intrigant, étonnant, terrifiant et totalement fascinant.
27 décembre 2011
Des étoiles sombres dans le ciel - Nadia Salmi

Quatrième de couverture :
En 2007, après le décès de sa grand-mère, Nadia Salmi découvre une photo de son grand-père en officier de la Wehrmacht. Comme environ 400 000 enfants, elle est, par sa mère, la petite-fille d’un soldat allemand. Elle tente alors d’en savoir plus sur ce grand-père transformé en fantôme par sa famille, par peur du scandale. Par honte. A partir de la correspondance laissée par sa grand-mère et jusqu’aux archives de la Wehrmacht, Nadia dénoue les non-dits de ses origines et se lance, durant quatre ans, sur les traces de ses grands-parents, à la recherche de son identité. « Que le chemin est long pour arriver jusqu’à toi ! J’espère que tu ne m’en voudras pas d’avancer à ma manière vers l’Allemagne, là où une moitié de moi a le vague à l’âme depuis que j’ai découvert tes mots, ta trace, toi, mon grand-père. Quel mot étrange… Grand-père. »
Mon avis :
De la Seconde Guerre Mondiale, on connaît les bourreaux ; des nazis allemands ; et les victimes ; les juifs, les handicapés, les tziganes et autres minorités. Mais l'on parle très peu, pour ne pas dire jamais, des victimes collatérales : les enfants nés des unions ennemies. Souvent il s'agit d'une femme (française, anglaise, suédoise, etc.) et d'un soldat allemand. Qu'en est-il des bébés ? Ecartelés entre deux patries, avec un destin qu'ils n'ont pas choisi, souvent amputés d'un parent voire des deux, ces enfants honnis, détestés, conspués par la société ont aussi une plaie béante qui n'est pas prête de se refermer.
Nadia Salmi, lorsque sa grand-mère meurt, retrouve dans ses affaires des lettres mettant en scène son grand-père, qui n'était autre qu'un soldat allemand. Pour soulager Ingrid, sa maman née de l'union de Thérèse et Hans K., ainsi qu'elle-même, Nadia se lance dans une entreprise douloureuse : remonter ses origines pour comprendre.
Ce livre est document, témoignage de la douleur des ces unions à différents niveaux. Il y a Thérèse, une jeune femme qui au sortir de la guerre s'énamourache d'un prisonnier de guerre allemand. Lui, c'est Hans K. Il tombe dans les bras de Thérèse ; puis rentre au pays où la femme et l'enfant qu'il a quitté et qu'il croyait morts sont finalement vivants. Thérèse, seule, se retrouve enceinte. Ici, il y a la douleur d'un amour perdu et d'un enfant qu'il devient compliqué d'aimer.
Ingrid, cette enfant, grandit en restant fragile et visiblement égarée dans ses rapports au couple. Une enfant déracinée et qui a dû subir la honte d'être fille d'un soldat allemand.
L'auteur nous écrit tout cela grâce à diverses formes d'écriture : le journal intime où elle s'adresse à ce mystérieux grand-père qu'elle aime malgré tout, des copies de la correspondance retrouvée dans les affaires de sa grand-mère Thérèse, du récit romancé sur les évènements entre 1946 et 1948 (la rencontre de ses grands-parents, la naissance de sa mère, etc.) et les lettres qu'elle écrit aux institutions pour retrouver des informations sur les membres de sa famille. Chaque forme se distingue par une taille de caractère et une graisse différentes.
Nadia Salmi se livre beaucoup sur sa vie privée de jeune trentenaire : sa difficulté à s'installer dans une relation, cet instinct maternelle envers sa propre mère ; autant d'attitudes qui révèlent encore des conséquences de l'union entre Thérèse en Hans K. Comment une mère peut rejeter un enfant ? Comment un père peut ignorer la vie de sa fille ? Et surtout, comment se construire lorsque l'on a vécu cela ?
Un récit émouvant, où l'on a l'impression d'être un lecteur indiscret, presque de trop dans cette histoire. C'est peut-être le point qui m'a parfois dérangée. Néanmoins, la persévérance de Nadia est exemplaire et montre le besoin vitale qu'elle avait à découvrir ce grand-père pour se rassurer et surtout pour faire avancer sa mère.
C'est une histoire d'amour, de guerre, qui pourrait presque faire l'objet d'une saga familiale romancée. A lire si vous souhaitez découvrir une autre facette des dégâts que peuvent engendrer les guerres.
Remerciements : Un immense merci à Oh ! éditions ainsi qu'à la team de Livraddict pour m'avoir permis de découvrir ce livre. Je suis ravie d'avoir lu ce récit.

24 décembre 2011
Fatima ou les Algériennes au square - Leïla Sebbar

Quatrième de couverture :
On est au début des années 80.
Banlieue parisienne. La Courneuve. Fatima et ses amies algériennes de la cité se retrouvent au square. C'est leur patio. Elles sont les premières immigrées héroïnes de la littérature française. Dalila, 7 ans, la fille de Fatima, ne quitte pas le flan de sa mère. Elle écoute les histoires du quartier. Violence et tendresse dans l'exil. Bavardages, rires, cris, colères, bagarres, viols ; flics...Dalila, battue par son père, a décidé de gagner.
Mon avis :
Dalila est une jeune fille algérienne, née en France. Ses parents, immigrés, vivent à La Courneuve, dans la cité des 4000. Lorsqu'elle était enfant, Dalila suivait très souvent sa mère, Fatima, au square où celle-ci discutait avec ses amies. Des discussions où se racontaient les histoires des familles d'immigrés, des histoires de filles violées, d'enfants battus, de bagarres de jeunes adolescents.
Aujourd'hui, Dalila se souvient de ces récits, car elle a décidé de fuir le domicile familial où son père la bat.
Ce livre est un petit bijou qui conte la vie dans les cités peuplées de français et d'immigrés, dans les années 80 en France. La population très hétéroclite n'est pas habituée à vivre ensemble aussi le racisme et les préjugés sont légion.
Ce qui fait la force de ce roman, c'est cette façon si douce de raconter des faits divers graves. Leïla Sebbar fait entrer son lecteur dans le cercle des amies de Fatima. On se retrouve au square. Mais on se retrouve également plongé dans le quotidien de la famille de Dalila et Fatima ; qui nous explique à travers les lignes pourquoi la jeune fille ne peut plus vivre entre ces murs.
L'histoire de Dalila est somme toute assez banale. Devenue jeune fille, elle souhaite vivre comme ses amies françaises : sortir le soir, flirter avec des garçons, etc. Mais cela ne doit pas se passer comme cela pour son père, fervent musulman, qui ne veut pas subir le déshonneur à cause de sa fille. Le problème de l'intégration des immigrés est parfaitement rendu ici : la scission entre la volonté de s'intégrer dans une société faite de règles et de libertés différentes de celles enseignées à la maison. En Algérie, Dalila n'aurait peut-être pas vécu cela, car les tentations françaises auraient été moins présentes. Déteste-elle ce père devenu violent ? cette mère qui ne réagit pas ? ou le fait de vivre écartelée entre deux cultures très différentes ?
Quoiqu'il en soit, on retrouve toujours dans les récits de Fatima et ses amies, la question de la pauvreté et de ce qu'elle engendre.
Ali et Aïcha sont un couple très amoureux. Parents de cinq enfants, ils vivent dans une seule pièce. Aussi, lorsque Aïcha est à bout, elle bat son fils. Violemment. La proximité, la difficulté de l'intégration qui engendre l'isolement est facteur de violence. Le récit de cette famille est très touchant. L'auteur ne juge à aucun moment ses personnages malgré les actes répréhensibles qu'ils commettent.
Malgré quelques tournures de phrases étranges (peut-être s'agit-il de la traduction) ou des phrases très longues, ce livre est tout simplement envoûtant. Il nous immerge totalement dans le monde des cités françaises dans les années 80 ; et cela pourrait également se dérouler à notre époque. C'est poignant, fort, bouleversant, violent, mais tellement touchant aussi.
Remerciements : Je remercie chaleureusement Libfly pour m'avoir permi de découvrir cet auteur et cette maison d'édition ; ainsi qu'aux éditions Elyzad, dont il me plairait de découvrir d'autres ouvrages.


23 décembre 2011
L'arche de Noël et autres contes - Romain Sardou

Quatrième de couverture :
Londres, hiver 1858. Amory, un garçon de huit ans, porte des seaux d'eau à travers les rues glacées. Pour survivre, l'orphelin doit assurer l'entretien des abreuvoirs dans un quartier élégant de la capitale. Le soir, Amory se réfugie dans les combles d'un Club très select. Là, il a chaud, se sent en sécurité, et peut sommeiller en écoutant les conversations des lords et des baronnets… Un jour, pourtant, des éclats de voix le réveillent : un brave homme, brandissant un grimoire auquel il semble attacher le plus grand prix, subit les invectives des notables déchaînés. Le sujet ? les fées, les lutins, tous les êtres magiques, et leur subite disparition, mille ans plus tôt…
Mon avis :
Romain Sardou ou l'écrivain qui savait faire ressortir l'enfant qui sommeille en chaque adulte ! Car qui peut se vanter de n'être plus sensible aux contes enchanteurs de Noël ?
Ce sont quatres contes qui nous sont présentés dans ce recueil de 125 pages. Comme ces précédents livres sur Noël ; Une seconde avant Noël et Sauver Noël ; Romain Sardou se rattache à la tradition anglo-saxonne des contes de Noël ; notamment en les ancrant au milieu du XIXe siècle.
On croise ainsi de jeunes enfants entre huit et douze ans, charmants et pleins de vie, qui vont grandir vivre une aventure magique et qui ne vont avoir de cesse de croire à cette période de Noël.
- Le premier conte met en scène Amory Bolton, huit ans. Par un truchement du hasard, il va être amené à rencontrer Eliot Doe, conteur célèbre chez les enfants. Celui-ci est porteur d'un récit fantastique magique. Mais est-il vraiment fantastique ? Il nous raconte comment les êtres féériques qui vivaient autrefois sur Terre ont décidé de partir sur une autre planète. Et sous quelle forme ils ont un jour décidé de remettre un peu de magie dans le monde des humains. Plein de tendresse, ce conte nous montre que la magie ne peut être vue que par les enfants puisque les adultes, dans leur monde rationnel, ne veulent plus croire.
- Le second conte est davantage basé sur la morale du bien et du "mal". Un récit peut-être un peu en-dessous des trois autres, mais toujours touchant.
- Le troisième conte évoque les miracles de Noël mais aussi les faits et leurs conséquences (un battement d'aile de papillon ici peut entraîner une tempête là-bas, tout le monde sait ça !). C'est un récit plutôt humoristique, tout en se concluant de façon tout à fait attendrissante.
- Le quatrième et dernier conte est absolument excellent. Il évoque Saint-Nicolas qui, depuis l'avènement du Père Noël en 1852, peut prendre sa retraire. Mais le pauvre Père Fouettard se sent lésé et mis de côté dans cet arrangement. Aussi, va-t-il aller trouver un ami du Père Noël (un certain Harold Gui) pour lui demander des explications.
Avec une plume toujours aussi agréable, Romain Sardou sait passionner son lecteur, qu'il soit enfant ou adulte. A lire en cette période de fêtes, ce livre aura une portée bien plus grande. Aux lecteurs qui ont lu les deux premiers contes de l'auteur (cités plus haut), n'hésitez pas à vous plonger dans ce petit recueil.











